ESG – RSE – DEVOIR DE VIGILANCE

Entreprise responsable : définition, obligations juridiques et nouveaux enjeux ESG

Depuis les années soixante, la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) s'est principalement développée sous l'impulsion d'initiatives volontaires, de réflexions éthiques sur le rôle de l'entreprise dans la société et, plus récemment, de politiques de communication institutionnelle destinées à valoriser les engagements sociaux et environnementaux des organisations.

Longtemps perçue comme un domaine relevant essentiellement de l'autorégulation et de la responsabilité volontaire des acteurs économiques, la RSE connaît aujourd'hui une transformation profonde.

Sous l’effet combiné du devoir de vigilance, des réglementations européennes de durabilité (CSRD, CSDDD, RDUE), du développement des contentieux ESG et d’une jurisprudence de plus en plus structurante, la RSE tend désormais à intégrer pleinement le droit positif comme vecteur d’obligations juridiques, organisationnelles et de gouvernance.

L’entreprise responsable ne se définit donc plus uniquement par les engagements qu’elle affiche.

Elle se définit désormais par sa capacité à démontrer sa diligence raisonnable.

De la RSE volontaire à la judiciarisation des enjeux ESG

L’évolution récente du droit des sociétés illustre cette mutation.

Depuis la loi PACTE du 22 mai 2019, l’article 1833 alinéa 2 du Code civil prévoit désormais que : « Toute société doit avoir un objet licite et être constituée dans l'intérêt commun des associés. La société est gérée dans son intérêt social, en prenant en considération les enjeux sociaux et environnementaux de son activité. »

L’intérêt social ne se réduit donc plus exclusivement à une logique de rentabilité économique ou d’intérêt des associés.

La gestion de l’entreprise implique désormais la prise en compte des enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG), y compris dans les décisions stratégiques, les politiques internes et la gestion des risques.

La RSE devient progressivement un outil de gouvernance juridique, de prévention des risques et de sécurisation des chaînes de valeur.

Qu’est-ce qu’une entreprise responsable aujourd'hui ?

Une entreprise responsable est désormais une entreprise capable de démontrer :

  • qu’elle identifie précisément ses risques ESG ;
  • qu’elle hiérarchise ceux-ci ;
  • qu’elle met en œuvre des mesures effectives de prévention ;
  • qu’elle contrôle sa chaîne de valeur ;
  • et qu’elle agit de manière cohérente avec ses engagements publics.

Autrement dit, une entreprise responsable est aujourd’hui une entreprise capable de démontrer la réalité, la cohérence et la traçabilité de ses dispositifs ESG et de conformité.

Le sujet n’est plus uniquement de savoir si une entreprise adopte des engagements ESG.

La question devient : ces engagements sont-ils réellement mis en œuvre et juridiquement démontrables ?

La diligence raisonnable : nouveau standard juridique des entreprises

Le droit contemporain de la RSE repose de plus en plus sur une logique de diligence raisonnable.

L’objectif n’est plus seulement de sanctionner un dommage déjà réalisé.

Le juge apprécie désormais si l’entreprise a :

  • anticipé les risques ;
  • structuré des dispositifs adaptés ;
  • déployé des mécanismes crédibles de prévention ;
  • documenté ses diligences ;
  • et assuré un suivi effectif des mesures mises en œuvre.

La responsabilité des entreprises tend ainsi à évoluer vers une logique de « redevabilité ».

L’entreprise doit être capable de démontrer qu’elle a identifié, évalué et traité les conséquences potentiellement négatives de ses activités sur les droits humains, l’environnement ou la gouvernance.

Cette évolution rapproche progressivement la RSE d’un véritable standard de gouvernance raisonnable des risques ESG.

Vers un véritable « droit des standards » en matière ESG

L’évolution du droit de la RSE conduit progressivement à l’émergence d’un véritable « droit des standards ».

Les Principes directeurs des Nations unies, les référentiels OCDE ou les standards internationaux de diligence raisonnable ne constituent pas toujours des normes directement contraignantes.

Pour autant, ils jouent un rôle central :

  • dans l’interprétation des obligations légales ;
  • dans l’évaluation de la diligence attendue ;
  • dans la prévention des risques juridiques et pénaux ;
  • et dans l’appréciation du comportement raisonnablement attendu des entreprises.

Le juge ne sanctionne plus uniquement la violation abstraite d’une règle. Il apprécie, in concreto, si l’entreprise a agi conformément au niveau de prudence et de diligence attendu au regard :

  • de sa taille ;
  • de ses activités ;
  • de sa chaîne de valeur ;
  • et des risques objectivement identifiables.

Les politiques ESG et les normes internes deviennent juridiquement opposables

Plans de vigilance, chartes éthiques, codes de conduite, politiques fournisseurs, engagements climat ou politiques droits humains ne relèvent plus de la seule communication institutionnelle.

Ces instruments acquièrent désormais une portée juridique croissante :

  • par leur contractualisation ;
  • par leur intégration dans les procédures internes ;
  • ou par leur mobilisation dans des contentieux civils, commerciaux, sociaux ou réputationnels.

Les engagements ESG publics peuvent ainsi devenir des référentiels d’évaluation du comportement attendu de l’entreprise.

L’entreprise contribue alors elle-même à fixer le standard au regard duquel sa diligence sera appréciée.

Le juge contrôle désormais l’effectivité des dispositifs ESG

Le contentieux ESG ne porte plus uniquement sur l’existence formelle des documents de conformité.

Le juge contrôle désormais :

  • la qualité de la cartographie des risques ;
  • la cohérence de la hiérarchisation ;
  • la pertinence des mesures de prévention ;
  • l’effectivité des mécanismes d’alerte ;
  • le suivi des actions correctrices ;
  • et la réalité du pilotage opérationnel.

Une conformité purement déclarative devient insuffisante.

La vigilance attendue repose sur une logique de gestion raisonnable, structurée et démontrable des risques.

La jurisprudence récente relative au devoir de vigilance confirme notamment que la cartographie des risques constitue désormais la « clé de voûte » du dispositif de conformité ESG.

Greenwashing et risques juridiques ESG

Les engagements environnementaux et sociaux de l’entreprise constituent désormais un risque juridique autonome.

Lorsqu’il existe un écart significatif entre les engagements affichés et les pratiques réellement mises en œuvre, l’entreprise peut s’exposer à :

  • des accusations de greenwashing ;
  • des pratiques commerciales trompeuses ;
  • des actions en responsabilité civile ;
  • des sanctions administratives ;
  • des atteintes réputationnelles ;
  • voire, dans certaines situations, à des risques pénaux.

La communication ESG devient ainsi elle-même un enjeu de conformité.

Le sujet n’est plus seulement de communiquer sur des engagements responsables, mais de pouvoir démontrer leur sincérité, leur cohérence et leur effectivité.

La chaîne de valeur : nouvel espace de vigilance des entreprises

Les réglementations ESG européennes reposent désormais sur une logique extensive de chaîne de valeur.

Les grandes entreprises soumises à la CSRD ou au devoir de vigilance doivent intégrer dans leur analyse :

  • leurs filiales ;
  • leurs sous-traitants ;
  • leurs fournisseurs ;
  • et certains partenaires commerciaux.

Cette évolution transforme profondément les relations commerciales.

Les entreprises exigent désormais :

  • des questionnaires ESG ;
  • des politiques fournisseurs ;
  • des audits ESG ;
  • des engagements de conformité ;
  • des garanties documentaires ;
  • et des mécanismes de coopération renforcée.

La pression réglementaire se diffuse ainsi indirectement à l’ensemble de la chaîne économique, y compris aux PME non directement assujetties.

ESG et risque pénal : vers une responsabilisation accrue des entreprises

La RSE ne se limite plus à un enjeu de réputation ou de stratégie extra-financière.

Elle devient également un enjeu de prévention des risques pénaux.

Les obligations croissantes de vigilance, de cartographie des risques et de reporting ESG contribuent désormais à objectiver la connaissance des risques sociaux, environnementaux et humains par les entreprises et leurs dirigeants.

Dans ce contexte :

  • une cartographie insuffisante ;
  • des procédures purement formelles ;
  • ou l’absence de mécanismes crédibles de prévention
  • peuvent devenir des éléments centraux d’un contentieux futur.

peuvent devenir des éléments centraux dans des contentieux futurs.

La gouvernance ESG tend ainsi à devenir un véritable instrument de sécurisation juridique et stratégique des entreprises.

Conclusion : l’entreprise responsable devient une entreprise juridiquement structurée

La responsabilité des entreprises s’inscrit désormais dans un environnement normatif hybride, structuré autour :

  • des obligations légales ;
  • des normes internes ;
  • des standards internationaux ;
  • et des exigences croissantes de vigilance et de traçabilité.

L’entreprise responsable est donc ccelle qui est juridiquement, organisationnellement et opérationnellement capable de démontrer sa diligence raisonnable.

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Transformer vos engagements ESG en sécurité juridique

L'entreprise responsable n'est plus seulement celle qui affiche des engagements. C'est celle qui est capable de les mettre en œuvre, de les documenter et de les démontrer.

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